Je crois sincèrement que l'allocation promise par l'ADQ aux mères ou aux pères de famille qui décident de rester à la maison est une manière simpliste et populiste pour solutionner la conciliation travail-famille. Cette allocation ne permet pas de remplacer un plein salaire de 25 000$, 30 000$ ou 40 000$ par année. En général, ce sont les femmes qui désirent rester à la maison (je sais qu'il y a des exceptions) et celles qui peuvent se le permettre ont généralement un conjoint qui peut subvenir financièrement aux besoins de la maisonnée. Qu'est-ce qu'on fait si c'est maman qui a le plus gros salaire et qu'elle désire rester à la maison quelques temps? Doit-elle faire dix enfants pour obtenir une allocation de 50 000$?
Dans le cas où la mère ou le père élève seul ses enfants (et c'est encore une majorité de mères qui sont chefs de familles monoparentales), un maigre 5 000$ par année n'apporte pas grand chose. La mère monoparentale ne peut pas se permettre de rester à la maison, sauf si elle a recours à l'aide sociale. La mesure proposée par l'ADQ ne saurait être bénéfique que si elle était accompagnée d'autres mesures et si le réseau des services de garde est maintenu. Ainsi, pourquoi ne pas avoir la possibilité de prolonger son congé de maternité au delà d'une année en conservant ses acquis au travail? Pourquoi ne pas avoir la possibilité d'épargner - comme on le fait pour un REER - en vue de prendre une année supplémentaire à la maison (cela dit, c'est valable seulement si on peut se permettre d'économiser!). Bref, ce n'est pas une simple allocation de 5 000$ par année, par enfant, qui va tout régler. La réflexion doit aller plus loin et offrir plus de flexibilité aux parents.
Cela dit, le communiqué diffusé aujourd'hui par la nouvelle ministre de la Culture, des Communications et de la Condition féminine, Madame Christine St-Pierre, m'a donné le vertige. Dans son communiqué, la ministre fait état des résultats d'une étude du Conseil du statut de la femme selon qui, l'allocation promise par l'ADQ menacerait l'autonomie économique des femmes.
En fait, c'est sa conclusion qui me donne le vertige :
«Nous devons mettre en place des mesures qui permettront à nos filles d'exercer le métier de leur choix et leur fournir des modèles qui leur permettent de croire qu'elles ont une emprise sur leurs vies. La politique familiale de notre gouvernement est progressiste et axée sur la réussite des Québécoises et des Québécois. Nous poursuivrons dans cette voie pour que l'avenir soit favorable à toutes et à tous, dans une société égalitaire et «moderne», a conclu la ministre.»
J'exerce le métier de mon choix et je gagne honnêtement ma vie. Quand elle dit qu'il faut fournir à nos filles des "modèles qui leur permettent de croire qu'elles ont une emprise sur leurs vies", j'ai un léger malaise.
Avoir le contrôle de sa vie, ce n'est pas une course folle matin et soir entre la maison, la garderie et le travail (ou l'inverse). Se sent-on en contrôle quand on paye 560$ par mois par enfant pour un service de garde ? Avons-nous le sentiment d'avoir le contrôle de nos vies quand il faut faire le tour de la ville pour trouver un service de garde convenable (et en trouver un tout court!)? Avons-nous un sentiment de contrôle quand, un mois avant de retourner au travail, nous ne savons pas encore à quel endroit sera gardé notre enfant? Avons-nous l'emprise sur nos vies quand nous ne pouvons pas CHOISIR le service de garde en raison de la pénurie de services de garde dans certaines régions du Québec? Avons-nous le contrôle de nos vies quand nous sommes essoufflées, débordées et que nous n'avons plus le temps de voir grandir nos enfants? Pensez-y un peu ....
Je n'ai qu'une question pour Madame St-Pierre : auriez-vous été capable de mener votre brillante carrière de journaliste avec un ou deux enfants? Je suis entièrement favorable à des mesures qui permettent aux femmes de préserver leur autonomie financière, mais aurons-nous collectivement l'honnêteté d'admettre que les mesures actuelles - les services de garde à 7$ en l'occurence - ne sont pas adéquats.
Évidemment, tout est possible quand on a les moyens de se payer une nounou à la maison, mais ce n'est pas notre cas.
Scusez-la, je suis un peu susceptible aujourd'hui....
11 juin 2007
L'allocation de l'ADQ menacerait l'autonomie économique des femmes
Publié par :
Mamamiiia!
à l'adresse
9:42 PM
Mots clés conciliation travail-famille, services de garde
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