Avant-hier, le juge Kevin Downs de la Cour supérieure du Canada déclarait qu'il était légal pour les garderies privées subventionnées de surfacturer les parents pour des services supplémentaires. Par exemple, des garderies factureront un supplément pour garder les enfants jusqu'à 18h alors que le 7$ par jour devrait couvrir les 10h de service. Les propriétaires de ces garderies soutiennent qu'" en ouvrant à 6h le matin, elles ont fini, à 16h, de donner les 10 heures de services éducatifs par jour prévues par la loi. À partir de 16h, il ne s'agit plus de services «éducatifs», mais plutôt des «services de garde pour assurer la sécurité des enfants jusqu'au retour du travail des parents». Et s'ils veulent obtenir ce service, les parents doivent piger dans leurs goussets."
J'aimerais savoir : est-ce que tous les parents concernés déposent vraiment leurs enfants à la garderie à 6h du matin? Si un parent y dépose son enfant à 8h, sera-t-il surfacturé après 16h? Si c'est le cas, il y a quelque chose que je ne comprends pas très bien...Il y a un raisonnement très tordu derrière tout ça.
Hier, la Cour d'appel du Québec a interjeté le jugement de la Cour supérieure. La ministre Michelle Courchesne reconnaît que le règlement sur les 10h de services a été mal formulé : ils sont rares les parents qui reconduisent leurs enfants à la garderie à 6h du matin. En fait, le règlement du ministère devrait préciser les heures d'ouverture et de fermeture des garderies. Ou mieux, il devrait préciser le temps consacré à la garde de chaque enfant. Certains parents déposent leurs enfants très tôt et reviennent avant 16h. D'autres doivent déposer leur enfant à 7h et viennent le chercher à 17h ou à 18h. Dans la vraie vie, quand on habite en banlieue et quand on travaille en ville, on doit généralement déposer notre enfant à 7h et venir le chercher à 18h ou même à 18h15. C'est le transport qui, la plupart du temps, gruge notre temps. Les gens du ministère n'ont probablement jamais pensé que les parents devaient voyager soir et matin...pas tout le monde qui peut habiter à 10 minutes de son boulot. Et quand on prend le transport en commun, c'est tout aussi long et tout aussi incertain que de prendre sa voiture.
La Presse constate qu'il nous manque encore plus de 20 000 places subventionnées. Quand j'ai commencé à "bloguer" en 2004, je m'étonnais que le gouvernement ne soit pas capable de mesurer les besoins véritables à partir des naissances et de centraliser les listes d'attente dans les CPE. En 2008, on commence tout juste à instaurer des projets-pilotes de centralisation des listes. Je ne peux m'empêcher de tirer une flèche au manque de vision des gens qui ont instauré le réseau des services de garde subventionné. Plus de quinze ans après la mise en place des "places" à 7$, on commence seulement à centraliser les listes d'attente. Et pourtant, les femmes sur le marché du travail, ce n'est pas une nouveauté! Il y a belle lurette qu'il aurait fallu commencer à mesurer les besoins réels de la population!
Et après, on s'étonne que des parents cherchent à offrir des pots-de-vin aux responsables de garderies à 7$! Méchants parents!
Qui peut vraiment se payer des services de garde à 28 ou 30$ par jour? Et quand les enfants sont poupons, on parle de 35$ par jour dans certaines garderies privées. C'est plus de 700$ par mois. C'est un loyer! Si vous avez deux enfants, ça fait 1400$ par mois. C'est une deuxième hypothèque! Qui peut se payer ça? Ou bien je sous-estime la capacité de payer des parents, ou bien je ne m'endette pas assez pour vivre, mais je ne peux pas payer ça et pourtant, nous avons un revenu familial très décent.
Le manque de places subventionnées créer un climat malsain où les parents ont le sentiment d'être pris en otage. Les garderies et les éducatrices à domicile se trouvent dans un pseudo-monopole et font la loi. Il faut mettre fin à cette situation! Si les "places à 7$" se veulent universelles, elles doivent l'être et ce, bien avant 2012.
Il faut aussi faire davantage pour sécuriser nos enfants dans les milieux de garde à domicile. Pour ma part, je n'ai jamais pu me résigner à laisser mon fils aux soins d'une seule personne (même si je l'ai presque fait).
D'abord, il me faut un service fiable en tout temps et surtout, j'ai besoin de savoir que la personne qui prend soins de mon fils n'est pas seule. Si un enfant se blesse et nécessite l'intervention de l'éducatrice, qu'advient-il des cinq ou six autres enfants à sa charge? On parle ici d'une question de sécurité, tout simplement. Et si la gardienne "pogne" les nerfs et décide d'administrer une "mornifle" à un petit, qui la dénoncera?
Au nom des enfants, je réclame qu'une éducatrice ne soit jamais seule. Je sais, ma position est extrême, mais je m'assume. Certes, il y a en ce monde des gens dévoués et fabuleusement extraordinaires, mais il y a aussi des crapules. Dans un contexte de pénurie de "places à 7$", comment ferez-vous pour identifier une crapule? Quels sont VOS critères de sélection? Le "feeling"? Et ce "feeling" peut-il vous garantir que votre enfant sera en sécurité avec cette merveilleuse éducatrice? En 2008, après les drames dont ont été victimes des enfants (l'histoire de Kathy Matteau ou celle de Marie-Chantal Gadbois, par exemple), comment peut-on accepter de confier son bébé à une dame que nous ne connaissons ni d'Ève ni d'Adam? C'est un risque que je ne peux prendre...
Et bien sûr, il faudrait aussi que le gouvernement se préoccupe des places pour poupons. Le congé parental est de 12 mois, tout au plus. La plupart des éducatrices en milieu familial offrent des places à partir de 18 mois (c'est moins de trouble et surtout, c'est plus rentable!). Si le gouvernement privilégie la création de places en milieu familial, ceci signifie qu'il y aura toujours pénurie de places pour poupons. C'était vrai en 2004 et ce l'est toujours en 2008. Je relisais mon billet de 2004 et rien n'a changé depuis...
Ah oui, et un petit mot aux charmantes dames qui offrent des places à 7$ de 8h à 16h et même parfois de 8h à 15h30 (j'en ai vu dans le journal local!), croyez-vous vraiment que votre offre est réaliste? On n'a pas tous le loisir de travailler de 10h à 14h....
J'arrête ici pour ce soir...ce sujet va me rendre folle....
28 février 2008
Surfacturation, 20 000 places manquantes, pots-de-vin et sécurité
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